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31 Oct

La toute petite fille monstre de A.S. Nebojsa

Publié par Yuko  - Catégories :  #Littérature

La toute petite fille monstre de A.S. Nebojsa

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Editions Lunatique - 174 pages
Littérature fra
nçaise

Il y avait là-bas, il y a bien longtemps, une petite fille de 16 ans. Son ventre appelait le plaisir, ses bras la lutte, ses mains le combat. On parle encore de Monika aux enfants nés après-guerre. Et son ombre gracile flotte parfois, les soirs de gros temps, dans les rues de Brcko, abandonnées par la population frileuse. De temps à autre, on parle encore d'elle, "la toute petite fille monstre des Balkans".
Résumé éditeur.

MON AVIS :

Premier roman, "La toute petite fille monstre" s'inspire de faits réels survenus durant la guerre de Bosnie. Monika a vraiment existé, ses actes et sa cruauté aussi. L'écriture de A.S. Nebojsa raconte, traduit, évoque l'horreur sans jamais en faire une donnée brute ou dénuée de sentiments. Ici Monika s'explique, non sur l'ampleur ou les conséquences de ses actes, mais sur son désir de survie. Un roman lourd d'une extrême noirceur qui interroge sur la profondeur de l'âme humaine et sur les actes nécessaires à la survie. Une oeuvre dérangeante qui aurait peut-être mérité une humanisation plus claire de Monika ou une vision nuancée de son personnage auquel on ne parvient jamais à s'attacher et qu'on peine souvent à comprendre. Un premier roman qui a tout de même le mérite d'évoquer cette période de l'histoire et de le faire à travers une écriture riche et travaillée.

Goran la tient au bout de son flingue. La gosse le regarde droit dans les yeux. Sa mère et sa soeur tremblent dans les bras l'une de l'autre contre le mur du fond. Les silhouettes des trois femmes, clouées au sol par la lumière blafarde, tremblent comme un théâtre d'ombres indociles. Elles s'étirent à en perdre leurs contours humains, obscurs doubles apeurés rampant sur le sol usé.
La plus jeune, la plus frêle, reste seule au milieu de la scène, abandonnée, offerte par les deux autres en sacrifice. Mais elle se fout de la dérisoire fragilité de ses membres maigres. Le menton relevé, elle défie Goran.

La peau ne fait pas l'ange. Celle de Monika est sans cesse parcourue de frissons diaboliques. Personne ne veut l'admettre. Ce serait trop dangereux. Trop terrifiant. A qui se fier quand les enfants blonds et dociles sont des égorgeurs ?

La violence, chez les gens simples et pauvres, est si souvent une amie consolatrice.
Mais les autres n'ont pas de surnom bien à eux ; elle, si.
Les victimes d'hier désignent leurs bourreaux déchus par leurs nom et prénom. Du sang ou de la terre sur les mains, ils sont tous les mêmes.
Mais elle, elle a un surnom rien qu'à elle.
Elle est tellement insaisissable, incompréhensible, que les gens, ébahis, ont resentis le besoin de la rebaptiser. Ils l'ont transformée en entité, en divinité terrifiante.
La voici propulsée sainte patronne des enfants déchus de leur innocence et guide suprême de la fragilité trompeuse.
La toute petite fille monstre.

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 03/11/2013 21:20

C'est vraiment si glauque que cela ?

Yuko 03/11/2013 22:05

Plutôt oui, c'est très noir. Un peu comme si on évoquait l'horreur des camps. Ici, le mal prend en plus le visage d'une fillette. Les scènes d'horreur ne sont pas trop marquées mais elles sont bien présentes...

l'angevine 01/11/2013 09:12

j'ai deux livres gratuits à choisir donc je verrais si je le vois dans la liste

Yuko 01/11/2013 11:38

2 livres gagnés ? Tu as déjà des idées ?

Gagaie 31/10/2013 14:55

Un peu flippant comme résumé mais de circonstances lol.
Je serais curieuse de le lire, merci pour la découverte. ;)

Yuko 31/10/2013 16:11

Oui, finalement, le plus horrible est souvent humain ;)

So 31/10/2013 14:33

Merci pour la découverte, je ne connaissais pas du tout... Je suis vraiment curieuse de lire ce livre!

Yuko 31/10/2013 16:11

Avec plaisir. C'est un premier roman, très bien écrit même si le thème est difficile...

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