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11 Nov

Blue Velvet de David Lynch

Publié par Yuko  - Catégories :  #David Lynch Univers

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Film américain – 1986 – 2 h
Avec Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini et Dennis Hopper


De retour dans sa petite ville natale, Lumberton, Jeffrey Beaumont, étudiant, fait une étrange découverte… Alors qu’il se promène dans les bois, il trouve une oreille humaine découpée puis abandonnée dans l’herbe. Il apporte sa trouvaille au shérif qui lui demande de ne rien dévoiler sur le sujet. C’est alors que son amie Sandy, fille du shérif, l’aiguille sur la piste d’une femme brune surveillée par la police : Dorothy Vallens.
Se prenant au jeu, Jeffrey s’arrange pour s’introduire clandestinement une nuit, au domicile de Dorothy. Mais celle-ci rentre plus tôt que prévu et oblige Jeffrey à se cacher dans un placard.
De là, il assiste à une bien étrange scène…

MON AVIS

Après l’échec commercial de Dune, Lynch se voit refuser plusieurs contrats d’importance dont les suites du premier opus…
Il revient alors avec un tout nouveau projet : Blue velvet.

Peint comme « une histoire d’amour et de mystère » par son créateur, Blue velvet étonne par son thème autant que par la façon dont il est traité. 
Film sensuel, fort et lourd, il s’illustre par des scènes traumatisantes situées à la frontière du rêve et de la réalité. 

Véritable mine de symboles, Blue Velvet recèle toute la force du cinéma de Lynch. Planté entre deux mondes, le décor s’ouvre sur une petite ville tranquille où règne le bien-être et la douceur de vivre. 

La découverte impromptue d’une oreille humaine, comme un avertissement envers Jeffrey qui se doit de mieux écouter ce qui l’entoure, fait basculer l’ensemble dans un univers peuplé de ténèbres insoupçonnées.

 

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Car là se trouve la plus grande symbolique Lynchéenne : le possible passage d’un monde vers un autre, inconnu voire effrayant qui, calqué sur le premier, en dévoile ses secrets les moins avouables, ses pensées les plus cruelles. 

A l’image de l’opposition existante dans de nombreux films du cinéaste (Mulloland drive, Lost highway, Twin Peaks etc.) la femme blonde s’oppose à la brune comme pour mieux faire découvrir au spectateur l’envers d’une personnalité complexe. C’est ainsi que l’on pourrait interpréter le duo que forment Sandy et Dorothy dans l’esprit de Jeffrey. 

La jeune et pure Sandy, blonde représentant la personnalité avouable de la femme. Un être asexué, doux, tendre et aimant. Alors que Dorothy, puissante et sensuelle brune, à la fois femme et mère représenterait l’aspect sexuel et mature de la femme, faite de contradictions et de désirs. 

 

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Mais le paradoxe ne s’arrête pas là. En effet, comment ne pas faire le terrible parallèle entre Dorothy et l’image de la mère telle que se la représente inconsciemment Jeffrey. C’est alors une rencontre incestueuse que met en lumière Lynch. Comme pour nous montrer la relation complexe, voire perverse, qui existe entre Dorothy et Jeffrey. Celle-ci, mère désespérée d’un enfant kidnappé, trouverait dans l’image du jeune homme, au-delà de l’amant, la symbolique lisse et nette de enfant qu’elle souhaiterait garder à ses côtés. L’image de la mère telle qu’elle est ici dépeinte apparaît très noire. Dorothy, dépressive et soumise, se laisse guider et submerger pas ses passions et ses désirs, mettant ainsi en lumière le paradoxe qui existe en chacun de nous.

Au-delà du propos qui peut sembler dérangeant, Blue Velvet se présente comme un mauvais rêve que la réalité occulte. Une ouverture vers un monde qui, bien qu’étant à notre portée, ne nous apparaît que pas inadvertance et suscite la fascination.

 

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La musique participe beaucoup de cette impression fantasmée. En effet, pour la première fois Lynch fait appel au grand compositeur Angelo Badalamenti. Celui-ci va alors créer pour le film une musique lancinante et profonde qui atteint son apogée avec la chanson Mysteries of love interprétée par Julee Cruise (dont les paroles sont écrites par Lynch). 

Les effets sonores sont en revanche moins présents que dans Eraserhead et n’apparaissent souvent que lors du basculement d’un monde vers l’autre (cf. le moment où Jeffrey découvre l’oreille coupée).

 

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Les acteurs choisis pour le film sont également un modèle de perfection. 

Isabella Rosselini, magnifique plante vénéneuse, symbolise avec talent la sensualité charnelle qui émane de la figure féminine. Kyle MacLachlan, jeune homme à la personnalité lisse, incarne à merveille l’adolescence en quête d’expériences et à la recherche d’une identité sexuelle. Malgré son visage angevin, il découvre la fascination et la perversion du monde qui l’entoure, côtoyant le mal sous différentes formes.

Mais le rôle le plus troublant revient sans doute à Dennis Hopper. Véritable figure psychopathe, il matérialise à merveille la folie et la perversion du genre humain. Lui-même double, incarnant à la fois l’enfant et le père, il exprime toute la complexité de son personnage par des expressions terrifiantes et fortes.

 

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Véritable classique Lynchéen, Blue Velvet assoit l’univers de son cinéaste dans un décor idéalisé où perce l’ombre… Schéma structurel aux contours flous, le film fixe l’expression de l’amour tel que le définit Lynch. Un sentiment pur et clair affranchit de pulsions et de désirs néfastes. 

Un film magnifique, tant pour l’atmosphère que dévoile Lynch que pour la complexité des liens qui unissent ses personnages… Un cinéma aussi dérangeant qu’accessible, à découvrir pour son potentiel émotionnel riche et intense.

En 1987, le film a remporté de nombreuses récompenses dont le Grand Prix du Festival du Film Fantastique d’Avoriaz, le prix d’interprétation pour Isabella Rossellini lors des « Independant Spirit Awards » et pour David Lynch, Frederick Elmes et Dennis Hopper (second rôle) un prix attribué par la Société des Critiques de Film de Boston et par la Société Nationale des Critiques de Film (USA)

 

L'avis de Cachou

L'avis de Vance

L'avis de Cécile

 

BANDE ANNONCE

 

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Commenter cet article

Thomas Grascoeur 09/08/2011 17:13


J'aime beaucoup ta critique qui met en valeur le rôle de la musique et de Hopper!


Yuko 16/08/2011 13:03



Denis Hopper est magnifique dans ce film ! A la fois effrayant et fragile, il donne des frissons ^^ La musique est toujours très présente chez Lynch. Chacun de ses
films a son atmosphère propre Cette musique sourde est très destabilisante et dérangeante à certains moments mais c'est aussi elle qui fait tout le charme (atmosphérique) du film ^^



Lili 26/05/2011 15:51


Me revoilà, j'avais promis de commenter d'autres articles... =)

Encore une critique avec laquelle je suis assez d'accord, tu as bien résumé le propos du film à mes yeux. Effectivement, "Blue Velvet" est l'essence du cinéma de Lynch, un concentré de toutes les
thématiques récurrentes de son œuvre... Le thème des "secrets qui se cachent sous les airs paisibles d'une petite ville américaine" est ici plus évident que jamais, et Lynch pousse la dualité à
l'extrême, même cinématographiquement parlant : au début, lorsqu'on voit le côté "gentillet" de Lumberton, le tout est carrément super-kitsch, artificiel, les acteurs jouent de façon forcée comme
dans un mauvais soap... Et ne dévoilent l'étendue de leur talent qu'au moment où on plonge dans la face cachée de la ville et des personnages.

Je sais que certains critiques n'ont pas apprécié certains passages entre Jeffrey et Sandy, les qualifiant de nunuches à outrance, aux dialogues niais, au jeu d'acteur forcé... Moi je pense que
c'est parfaitement volontaire de la part de Lynch, justement pour opposer ce monde naïf et innocent au monde sombre et secret dans lequel les deux héros s'enfoncent ensuite. On voit bien vite que
les deux acteurs, et les deux personnages, sont capables de bien plus que leurs scènes cucu du début.

Côté dualité de la femme, on retrouve en effet la thématique blonde/brune, la brune étant comme d'habitude la femme venimeuse, belle et menaçante, alors que la blonde représente, de façon assez
traditionnelle, l'innocence et la pureté. Le terme "asexué" correspond en effet très bien à Laura Dern, en opposition à l'ultra-sensualité d'Isabella Rosselini...

Je pense que dans "Blue Velvet", cette dualité existe aussi au masculin : j'ai toujours vu le personnage de Frank Booth comme le côté sombre de Jeffrey, la représentation de ses pulsions primaires,
notamment avec Dorothy.

Quant à l'ambiguité mère/femme/fils etc, c'est en effet assez troublant - comme tu dis, Jeffrey et Dorothy ont en un certain sens une relation mère/fils, une relation d'apprentissage et de
perversion ; mais il y a aussi Frank, qui se prend tour à tour pour le père et le fils de Dorothy (au début, quand il arrive à l'appartement, il demande à Dorothy de l'appeler "Daddy", puis quand
il couche avec elle, il lui dit "Baby wants to fuck"...).

Côté musique, encore une fois Julee Cruise fait des merveilles (ah, les chansons de "Twin Peaks"...), Angelo Badalamenti aussi, comme toujours. Les effets sonores sont plutôt sobres, à l'exception
de la scène répugnante où on découvrel'oreille infestée de cafards, avec ce bruit de grouillement multiplié à la puissance mille... C'est vraiment très dérangeant comme séquence.

Les acteurs sont, comme d'habitude chez Lynch, parfaits ; Kyle MacLachlan est un excellent choix pour interpréter à la fois l'innocence enfantine de Jeffrey, mais aussi la perversion vers laquelle
il évolue. J'ai lu quelque part que le premier choix de Lynch pour le personnage de Jeffrey était Val Kilmer, mais que ce dernier a refusé à cause de toutes les scènes de nudité du personnage (il a
qualifié le script de "pornographique" !). Très bon choix, je suis ravie que ce soit Kyle qui l'ait eu ! (apparemment, en voyant le film fini, Kilmer a dit qu'il aurait accepté de jouer dedans
finalement. Tant pis pour lui.)

Isabella Rosselini est elle aussi parfaite en femme à la fois dangereuse et vulnérable, et bien sûr Dennis Hopper est génial à chaque scène. Il fait partie de ces acteurs capables d'en faire des
tonnes, d'aller dans l'outrance sans jamais tomber dans le too much ou le ridicule. Quant à Laura Dern, je me souviens qu'initialement elle ne m'avait pas trop plu, je ne me rappelle plus très bien
pourquoi. Finalement, au bout de plusieurs visionnages, je trouve qu'elle est très bien pour le rôle Sandy : à la fois cruche et niaise, mais capable aussi d'être très intelligente et futée. J'aime
le fait que Lynch, pour jouer les deux jeunes héros et leur relation amoureuse assez cliché, ait choisi deux acteurs atypiques, que ce soit physiquement ou dans leur comportement... Ça rend leur
relation beaucoup moins stéréotypée, je trouve.

Et puis j'adore retrouver divers acteurs que j'aime dans les seconds rôles, comme Jack Nance qui joue Paul ou Brad Dourif qui joue Raymond... La scène chez Ben, où celui-ci chante "Candy color
clown" en playback et où il y a une étrange interaction entre un Jeffrey mort de trouille et la bande de Frank, est géniale. "I'm Paul" *long regard inquiétant de Jack Nance* J'adore ! J'avais
oublié, en le revisionnant il y a quelques semaines, à quel point certaines scènes étaient intenses et/ou choquantes. Je ne me souviens pas avoir été particulièrement impressionnée la première
fois, mais plus je le vois, plus il me fait peur. La scène où Frank menace Jeffrey sur le terrain vague (après que celui-ci ait, de façon aussi courageuse que stupide, foutu un coup de poing sans
sa figure !) est vraiment super dérangeante, avec cette musique, la prostituée qui danse sur le capot de la voiture, Dorothy horrifiée qui supplie Frank de laisser Jeffrey tranquille, Frank le
visage barbouillé de rouge à lèvres... Pendant toute la scène, on sait que ça va mal se terminer mais on sait pas quand ni comment. J'adore quand Lynch fait monter la tension comme ça. Idem pour la
scène finale, où Jeffrey revient dans l'appartement, trouve tout le monde mort et se cache dans le placard pendant que Frank arrive...

Bref, un super film bien Lynchien, que j'aime un peu plus à chaque visionnage même s'il ne faisait pas initialement partie de mon top 3. Mais bon, difficile de classer les films de Lynch, je les
adore tous ! (c'est drôle d'ailleurs, j'ai constaté que le plan final de "Blue Velvet," avec l'oiseau sur sa branche, est quasiment le même plan que le premier plan du générique de "Twin Peaks"...
Lynch a un truc avec les oiseaux, de toute façon. Je sais pas si as remarqué, dans "Twin Peaks", l'omniprésence d'un canard en bois dans les élements de décor ? Je me suis amusée à le repérer, et
il est PARTOUT ! À croire que Lynch essaye de le caser dans chaque plan, peu importe le décor... ^^ Dans la chambre de Coop, chez Ed, chez Josie, chez Leo, chez Harry... j'en passe !)


Yuko 27/06/2011 11:24



J'ai comme toi lu de mauvaises critiques sur le jeu des jeunes comédiens au début du film... mais cela ne m'a pas plus choqué que ça... et même si c'était le cas, je
crois que cela n'enlève rien au film et accentue le côté ingénue des personnages confrontés à l'horreur d'une nuit cauchemardesque :)


 


C'est par ailleurs plutôt audacieux de la part de Lynch d'utiliser les mêmes comédiens pour nombre de ses films. Laura Dern est ici très pure et naïve alors qu'elle
est ultra sensuelle dans "Sailor et Lula"...Idem pour Jeffrey ;)


Je trouve ton analyse de Jeffrey et de Frank intéressante :) C'est vrai qu'on pourrait les voir comme les deux parties d'un même personnage :) Tout comme Laura Dern
pourrait être le côté angélique et pur de Dorothy. Cela créerait alorsune relation très complexe entre les personnages ayant chacun plusieurs faces à cacher et nous montrer. Là s'exprime tout le
talent de Lynch :)


Cette scène chantée dont tu parles est effectivement très dérangeante. Elle crée un malaise pour le spectateur (Lynch est fort pour créer ces ambiances) qui voit
Jeffrey coincé entre crainte et fascination !


C'est toute la force du film dans sa globalité. Il sait jouer sur les contrastes et les nuances d'une manière très intéressante et le revoir est toujours un plaisir
!



Vance 12/11/2010 18:58


Ah oui, carrément séduite donc ! Moi, moins, j'avais l'impression que tout l'univers de Lynch était balbutiant, comme manquant d'assurance. Le film m'a cependant intrigué, et c'est une qualité pour
moi.


Yuko 16/11/2010 12:19



La première fois que je l'ai visionné, je suis restée sous le charme plusieurs jours... y repensant plusieurs fois... mais je comprends que tu n'aies pas plus aimé
que cela (et personnellement aussi, je préfère Lost highway :) ) beaucoup de critiques n'ont pas adhérés surtout lors de sa sortie :) Ta critique est en ligne ? Je vais te rajouter en lien
!



Annie 12/11/2010 06:54


J'ai rarement rencontré une cinéphile passionnée comme toi! Cela me donne envie d'aller plus souvent au ciné!


Yuko 16/11/2010 12:09



Coucou Annie ^^ Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir qu'en me disant cela ^^ Je suis toujours très contente de partager mes coups de coeur (mais aussi mes petits
moins) avec vous ! Le partage est une donnée essentielle pour moi et le blog est un bon moyen d'y parvenir... Si bien sur des gens comme toi répondent présents ^^ Merci Annie :)



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