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16 Jul

Crime et châtiment de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Publié par Yuko  - Catégories :  #Littérature

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Editions Folio Classique - 728 pages
Littérature russe


Saint-Pétersbourg - 1865. Raskolnikov, jeune noble sombre et renfermé a interrompu ses études faute d'argent.
Endetté auprès de sa logeuse qui lui loue une étroite mansarde, il se sent écrasé par la pauvreté et l'impuissance...
Mais il se sait appelé à un plus grand destin et, dédaigneux de toute loi morale, décide de commettre l'irréparable : commettre un meurtre murement prémédité dans le seul but de voler...
De cet acte, mené par la folie du désespoir, Raskolnikov va apprendre les conséquences émotionnelles, mentales et physiques...
Cloué au lit par une forte fièvre, il découvre la paranoïa, la peur et le danger d'être suspecté.
La connaissance de son crime le rend fou... mais son coeur généreux et fier tente un dernier acte fou - la redemption.

MON AVIS :

Au-delà du destin tragique de Raskolnikov qui transcende les lois morales parce qu'il pense être un "surhomme" contribuant à faire le bien, le roman de Dostoïevski, paré d'une riche galerie de personnages, traite de nombreux sujets comme la charité, la vie de famille, la morale, l'alcoolisme et la recherche identitaire.
 

Le regard que porte Raskolnikov sur le monde nous renseigne sur la Russie de l'époque et sur un monde désoeuvré. Véritable critique du capitalisme, ce roman sombre invite le lecteur à s'interroger sur l'acte même de tuer.

Celui-ci, guidé par une vision plus noble - faire le bien - semble ériger son auteur au statut de grand homme. Citant Napoléon "Si un jour, il n’avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n’aurait fait attention à lui et il serait demeuré un inconnu", Raskolnikov s'en approprie les lettres et estime qu'il peut outrager les lois morales par nécessité. Il soutient ainsi que si Isaac Newton ou Johannes Kepler avaient dû tuer une ou même cent personnes pour éclairer l’humanité de leurs idées, cela en aurait valu la peine...
 

Mais après le crime vient le châtiment...

Le tourment auquel il s'expose, l'attente, la folie, la paranoïa sont autant de remède à sa "maladie" - véritable prise de conscience de son acte - qui lui prouve que sa vision du surhomme ne peut prospérer...

Oeuvre magistrale de Dostoïevski, "Crime et châtiment" nous entraine dans les dédales de l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus sombre et de plus lumineux...

Allégorie de l'humanité déchue et du pouvoir rédempeur de l'amour et de la recherche de la vérité, le roman nous entraine - à travers les yeux de la pauvreté - sur les chemins tortueux de la folie et de la volonté.

Un livre sombre dans sa recherche de lumière... Magnifique.

- Vous m'avez demandé... chez le concierge ? fit enfin Raskolnikov d'une voix basse.
L'homme ne répondit rien, il ne le regarda même pas. Il y eut un nouveau silence.
- Mais pourquoi venez-vous me demander ? Puis vous vous taisez... Que signifie ? ...
La voix de Raskolnikov était entrecoupée et les mots semblaient avoir peine à sortir de sa bouche.
Cette fois, l'autre leva les yeux et jeta au jeune homme un regard sombre et sinistre.
- Assassin, fit-il tout à coup d'une voix basse, mais distincte.
Raskolnikov marchait à ses côtés. Il sentit ses jambres faiblir et flageoler ; un frisson glacé lui couru dans le dos et, durant une seconde, son coeur cessa de battre comme s'il avait été décroché. Ils firent ainsi une centaine de pas toujours en silence.
L'homme ne le regardait pas.
- Mais que dites-vous ? Quoi... qui est un assassin ? marmotta enfin Raskolnikov d'une voix à peine perceptible.
- C'est toi qui es un assassin, répondit l'autre, en articulant ces mots d'un air plus significatif encore, avec un sourire de triomphe haineux, et il regarda fixement le visage pâle et les yeux vitreux de Raskolnikov. (...) L'inconnu tourna à gauche et continua son chemin sans se retourner. Raskolnikov resta figé sur place à le suivre des yeux.
Quand il eut fait cinquante pas, l'homme se retourna pour observer le jeune homme toujours cloué au même endroit. La distance ne permettait pas de distinguer ses traits, mais Raskolnikov crut remarquer qu'il souriait encore de son sourire glacé, plein d'une haine triomphante.

Raskolnikov paru froissé.
- Ah ! Ils le prouvent, dites-vous ? Eh bien, essayez de l'attraper, cria-t-il, en narguant méchamment Zamiotov.
- Soyez sans crainte ; on le trouvera.
- Qui ? Vous ? Vous, le découvrir ? Allons donc ! Vous pouvez courir. L'essentiel pour vous est de savoir si un homme se livre à des dépenses ; un tel, par exemple, n'avait pas le sou, et voilà qu'il se met tout à coup à jeter l'argent par les fenêtres. Comment ne serait-il pas le coupable ? (...)
- Le fait est que c'est ce qu'ils font tous, répondit Zamiotov. Après avoir souvent fait preuve d'une grande adresse et de beaucoup de ruse dans l'assassinat, ils se font pincer au cabaret. (...)
- Ah ! ah ! (...) vous voulez savoir maintenant comment j'aurais agi en pareil cas, fit-il d'un ton de mauvaise humeur.
- Oui, répondit l'autre d'un air ferme et grave. (...)
- Bon ! Voici comment j'aurais agi, commença Raskolnikov en rapprochant de nouveau son visage de celui de Zamiotov, qui s'était remis à regarder si fixement que, cette fois, l'autre ne put s'empêcher de tressallir.
Voici comment j'aurais fait. J'aurais pris les objets et l'argent et, à peine sorti de la maison, je me serais rendu dans quelque endroit écarté, clos de mur et désert (...) j'aurais repéré d'avance une pierre (...) peut-être dans un coin contre le mur. J'aurais soulevé la pierre ; il y aurait un creux au-dessous et, dans ce creux, j'aurais déposé les objets, l'argent. (...) puis je m'en serais allé et, pendant un an, deux ans, trois ans, je n'y aurais pas touché. Cherchez alors le coupable !
- Vous êtes fou, répondit brusquement Zamiotov à voix basse lui aussi, et il s'écarta de Raskolnikov. Les yeux de celui-ci étincelèrent et il pâlit affreusement. Sa lèvre supérieure frémit convulsivement. Il se rapprocha le plus qu'il put de Zamiotov et se mit à remuer les lèvres sans parler. Trente secondes se passèrent ainsi ; il se rendait parfaitement compte de ce qu'il faisait, mais il ne pouvait se dominer. L'épouvantable aveu tremblait sur ses lèvres, comme l'autre jour le verrou sur la porte, et il était prêt à lui échapper. (...)
- Mais est-ce possible ? Fit-il d'une voix à peine perceptible.
Raskolnikov lui jeta un regard venimeux.
- Avouez que vous l'avez cru ?

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Fleur 19/10/2010 18:42


Je partage complètement ton avis


Yuko 25/10/2010 09:59



:) Je ne sais pas pour toi mais ce livre a vraiment été pour moi une découverte incroyable dont je n'arrive pas à me défaire... Mes pensées y reviennent souvent
^^



Axel 19/07/2010 16:47


Ah! Ce que j'aime dans les romans russes, c'est que les personnages changent dix fois de nom en un chapitre. Pas facile à lire...
Une fois, j'ai essayé de lire Anna Karenïn ( excuse-moi s'il y a faute), mais on m'a dit que c'était triste, alors j'ai préféré m'arrêter... (une histoire sordide, à la fin elle se suicide je crois
non?)
Bref, gros bisous et merci pour tes fiches de romans qui sont vraiment bien (je ne laisse pas de commentaires à chaque fois, parce que je ne connais pas ces livres, et je ne sais pas vraiment quoi
dire, mais sache que je les lis toujours :3)
Bisous et bon courage :)


Yuko 26/07/2010 14:28



Coucou Axel ^^


Ton message ne pouvait me faire plus plaisir. Je passe beaucoup de temps à écrire mes critiques de livres. J'essaie toujours de trouver un équilibre entre la
critique argumentée et un texte qui ne doit pas être trop long pour donner envie de lire.


Alors de savoir que tu me lis systématiquement me fait vraiment plaisir et me donne envie de continuer. C'est toujours un plaisir de partager mes lectures et
mes coups de coeur ciné avec vous ^^ Le but est vraiment de partager, d'apporter à l'autre et je suis vraiment contente et touchée que tu prennes un peu de ton temps pour me lire. J'espère que
mes critiques seront toujours à la hauteur de tes attentes.


Je t'embrasse très fort mon cher Axel et te dis à bientôt :)



Soan.c 17/07/2010 04:10


Bigre... tu as lu ce livre de ton propre chef ? Tu as toute mon admiration ! Même si j'avoue le thème est intéressant, 728 pages tout de même, je n'aurais pas eu le courage...
En fait, quelque part, ça ressemble un peu au thème de Death note non? (oui ohhh, je sais, ne me regarde pas avec ses yeux là, on a les références qu'on peut.... =_=)
Sinon j'ai hâte de voir ton nouvel habillage de blog ^^


Yuko 26/07/2010 14:18



Oui oui =^^= Ca faisait très longtemps que je voulais le lire et récemment, un ami m'en a parlé en termes élogieux.. je me suis dit qu'en le partageant ce serait
plus drôle et je ne le regrette pas du tout :)


Héhéhé... Mais tout à fait (enfin, non pas tout à fait mais ...) ça ressemble à Death Note.. Du moins, sur le thème de prendre la vie de quelqu'un et des
conséquences qui y sont attachées. Vraiment, je te le conseille ^^


Bises Mademoiselle Nanouchka ^^



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