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16 Oct

Le pull-over rouge de Gilles Perrault

Publié par Yuko  - Catégories :  #Littérature

Le-pull-over-rouge.jpg

Editions Ramsay - 440 pages
Littérature française


Christian Ranucci, 22 ans, a été guillotiné le 28 juillet 1976 à 4 h 13 dans la cour de la prison marseillaise des Baumettes. Était-il coupable ou innocent ?
Quatrième de couverture.

MON AVIS :

Ce livre est avant tout l'histoire d’une contre-enquête. Celle qu'a mené l'auteur dans l'affaire Christian Ranucci, accusé d'avoir tué une fillette, Marie-Dolorès Rambla, dans les années 1970. Un coupable idéal malgré une reconstitution troublante et des faits contestés. Malgré l'existence de ce pull-over rouge qui n'a vraisemblablement jamais appartenu à l'accusé, retrouvé sur les lieux du crime, malgré l'identification de l'auteur réel par le jeune frère de la fillette etc.

Entre symbole de l'erreur judiciaire et chronique d'un meurtre annoncé, Le pull-over-rouge retrace l'histoire d'une affaire qui a déchaîné les passions, remis en cause la peine de mort et trouvé son aboutissement dans la négation même de l'homme.

Un récit très documenté, troublant et fort, porté par une écriture fluide et un plan logique. Gilles Perrault, avocat de formation, met en lumière le doute, démontre l'impossible sans jamais parvenir à une conclusion parfaite... Un roman incroyable qui parvient avec recul et sincérité à poser les jalons nécessaires à une justice sereine, à distiller le doute et à nous pousser à l'éternelle interrogation.

 

Challenge Justice

L'opinion publique, Christian Ranucci : deux aveugles fonçant l'un vers l'autre sur une autoroute, convaincus qu'aucun obstacle ne peut se présenter.
La collision fera un mort.

L'exécution du 28 juillet 1976 n'a pas seulement amputé Héloïse Mathon de son avenir : elle a remodelé son passé. De toute existence, il est plusieurs lectures possibles. De celle-ci, il n'en est désormais qu'une seule. Mme Mathon, jusqu'à sa mort, ne sera plus que la mère d'un enfant guillotiné, et elle évoque sa vie comme s'il avait été écrit dès le jour de sa naissance que son destin se résumerait à mettre au monde Christian, à l'élever, à l'aimer, puis à le perdre.

Dans la vie courante, tout le monde dit "mon auto" ou "ma voiture", mais le lecteur aura déjà remarqué qu'un homme interrogé ne saurait parler que de son "véhicule", de même qu'il ne dira pas avoir vu "quelqu'un" mais "un individu". Mlle Di Marino porte le procédé à une sorte de perfection : enchaînant avec brio les clichés et le jargon juridico-administratif, elle fait tant et si bien qu'un lecteur non averti ne pourrait en aucun cas deviner que c'est un jeune niçois de vingt ans qui est censé parler. Mais ce vocabulaire emprunté au double sens du terme n'est certes pas innocent. Mlle Di Marino fait ainsi dire à la suite à Christian : "... c'est avec cette voiture que j'ai causé un accident qui a immédiatement précédé le moment où j'ai égorgé la fillette. Je viens de résumer l'essentiel des faits, je consens maintenant à donner des détails supplémentaires.

On ne peut, à la lecture, se défendre d'un sentiment d'exaspération indignée envers celui qui, après avoir "résumé l'essentiel des faits", dont l'égorgement d'une fillette, "consent" à donner des détails supplémentaires. La froideur des mots induit la froideur de celui qui est censé les avoir prononcés, et à l'heure de la délibération du jury, la relecture de certaines phrases peut déclencher des réactions décisives. Mais le juré persuadé à juste titre que "le style, c'est l'homme" ne sait pas qu'en matière judiciaire, le style, c'est le policier ou le juge d'instruction.

Vous aviez vingt ans au moment des faits. Votre âge m'émeut : c'est presque le mien. Ranucci, je ne supporte pas de suivre avec vous ce terrible chemin. Je voudrais que vous me disiez que vous avez fait cela, et puis que nous essayions ensemble de comprendre comment est morte une enfant de huit ans. Mais ne restez pas ainsi, Ranucci, je vous en conjure : implorez votre pardon, dites quelque chose, parlez ! ...
Ce moment était grand, et toute l'assistance le sentit, suspendue aux lèvres de ce jeune homme à la chevelure taillée en crinière léonine, à l'oeil étincelant, qui ajoute aux prestiges de la beauté physique un immense pouvoir de sympathie. Ainsi celui qui avait reçu en partage tous les dons tendait-il une main fraternelle à celui que le destin contraire avait écrasé ; c'était la jeunesse qui interpellait la jeunesse ; c'était la vie qui suppliait l'accusé d'écarter d'un mot, d'un geste, l'ombre de la mort qui commençait de l'envelopper ; c'était la voix chargée d'évoquer l'enfant martyrisée qui s'élevait pour convoquer la pitié dans cette salle grondante de ressentiment, devant ce public rassemblé pour une curée - bloc de haine qui vacillait soudain sur sa base parce qu'aucune assemblée humaine ne résistera à une voix transcendée par l'éloquence.
Tout pouvait basculer.
Christian Ranucci, figé dans son box, ne cilla pas, ne broncha point.
La péroraison fut à la même hauteur :
- Je veux que Ranucci se souvienne de son crime, de la mort de Marie-Dolorès, forme éternelle de l'innocence, je veux pour lui un chagrin et un repentir qui ne finissent jamais.
Avec cette dernière phrase, l'avocat de la partie civile refusait la peine de mort.

Quittant la barre pour se rapprocher des jurés, il leur dit : "Juger sur les apparences, c'est se faire bourreau." Puis, le doigt pointé sur les fenêtres derrières lesquelles montait la rumeur ignoble, il fustigea "l'opinion publique qui frappe à la porte de cette salle", citant le mot célèbre de Me Moro-Giafferi : "Elle est une prostituée qui tire le juge par la manche. Il faut la chasser de nos prétoires. Lorsqu'elle entre par une porte, la justice sort par l'autre.

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Tietie007 01/08/2013 09:08

J'ai lu le pull-over rouge il y a déjà bien longtemps, et la thèse de l'innocence de Ranucci m'avait convaincu, malgré quelques passages tirés par les cheveux. Mais l'ex-commissaire Gérard Bouladou a repris toute l'enquête et a démontré que Perrault prenait ses aises avec la vérité. Les preuves contre Ranucci sont en fait accablantes et Perrault a surtout exploité des petites erreurs de procédure.

Yuko 01/08/2013 10:21

Gérard Bouladou a-t-il écrit un livre lui aussi ? Ce serait intéressant d'avoir les deux points de vue. Merci pour cette précision !

Alex-Mot-à-Mots 21/10/2012 11:56

Il me semble, qui plus est, que cet homme fut le dernier guillotiné de France.

Yuko 22/10/2012 10:46



En fait non, contrairement à ce qu'on peut souvent lire. Après Ranucci, il y a encore eu deux exécutions. Le couperet est tombé pour la dernière fois en 1977.



Jean-Charles 21/10/2012 09:18

C'est un livre qui m'avait mis en colère, fait crier à l'injustice lorsque que je l'ai lu en 78. Il faudrait que je le ressorte de ma bibliothèque.
Ce n'est pas le dernier homme a avoir été exécuté contrairement à ce que la presse raconte, la guillotine est retombée la dernière fois en 1977.

Yuko 22/10/2012 10:45



C'est vrai ! Si je ne me trompe pas, le dernier homme a avoir été exécuté en France était tunisien et a été guillotiné sous la présidence de Giscard d'Estaing qui a
refusé sa grâce... Le "Pull-over rouge" est un livre troublant par le doute qu'il distille. S'il ne parvient jamais à prouver l'innocence de Ranucci, il nous montre qu'il existe plusieurs vérités
et que celle judiciaire n'est pas forcément réelle.



Philippe D 20/10/2012 21:44

Un livre certainement très intéressant.
Bon dimanche.

Yuko 22/10/2012 10:41



Très intéressant, c'est vrai ! Surtout parce qu'il n'apporte pas de réponse tranchée, il se contente de souligner les incohérences du dossier sans toutefois parvenir
à prouver l'innocence de Ranucci. 



Marie 17/10/2012 23:26

Pour ma part, je le note.

Yuko 18/10/2012 12:45



J'espère qu'on en reparlera très vite ! A bientôt ^^



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