Mulholland Drive de David Lynch
Film américain - 2 h 26 - 2001
Avec Naomi Watts, Laura Elena Harring et Justin Theroux
Victime d’un accident de la circulation, une mystérieuse jeune femme, amnésique et blessée, erre sur la sinueuse route de Mulholland
Drive. Réfugiée dans la première maison qu'elle trouve, elle y rencontre Betty Elms, une jeune actrice fraichement débarquée à Hollywood pour y faire ses débuts.
Intriguée par cette inconnue se faisant appeler Rita, Betty découvre dans son sac des liasses de billets verts et une clef
bleue...
Désireuse d'en savoir plus, Betty décide d'aider sa nouvelle amie à retrouver son histoire et son identité.
Mais qui sont les réels protagonistes de l'histoire ? Betty et Rita ne se sont-elles pas déjà rencontrées ? Pourquoi cette impression
étrange de revivre les mêmes scènes, de cotoyer les mêmes personnes ?
MON AVIS :
Initialement prévu pour faire l'objet d'une mini-série tournée pour la chaîne ABC puis refusée, Mulholland drive traduit
l'aboutissement d'un travail de Lynch sur l'identité, la folie, les pulsions et le remord.
Véritable marche vers la reconnaissance, Mulholland drive fascine par ses mystères autant que par la mise en abîme de ses
personnages. Sombre et dramatique, il apparaît à ce jour comme l'un des films les plus aboutis du réalisateur.
Juché entre l'angoisse et l'étrange, le film revêt la logique du rêve pour mieux exploiter les méandres
de nos inconscients.
Mettant en scène l'éternel jeu du double, l'oeuvre oppose la jeune femme blonde, lumineuse,
enjouée et décidée à la jeune femme brune, mystérieuse, au passé opaque et diffus...
Deux faces d'un même modèle qui se défait sans honte de l'homme jusqu'alors nécessaire aux rencontres
dans les films de Lynch. (BlueVelvet, Twin Peaks)
Ici, les doubles apparaissent comme un désir inconscient et trouble. Une recherche inaboutie de l'autre dans
le reflet de soi.
A l'image du théâtre dans lequel se retrouvent les deux héroïnes, rien de ce qui nous est montré à l'écran n'est vrai. Tout se fabrique, comme l'inconscient fabrique des images, des rêves et des désirs.
Car c'est une fois de plus le rêve qui fabrique l'oeuvre de Lynch, la rendant aussi touchante que
mystérieuse. Des rêves de gloire, aux rêves de joie, le film fabrique sa propre mise en abîme. Le cinéma conçu pour créer du rêve, met en lumière celui des deux jeunes
femmes.
Tournée dans le temple du rêve, Hollywood, l'oeuvre de Lynch surprend par sa complexité autant que par sa force et son
étrangeté.
Mais comme tout rêve finit par se fissurer chez Lynch (Blue Velvet, Twin Peaks) et
que les tréfonds de l'âme sont plus noirs que les apparences (Twin Peaks), le rêve hollywoodien devient cauchemar. Renversement bouleversant, les
désirs de Betty deviennent fuyants et ses angoisses réelles. Rejettée, humiliée et oubliée, Betty revient à la vie d'une manière brutale et mélancolique.
Le spectateur, témoin de sa déchéance comprend les tréfonds du rêve et les raisons qui l'ont poussé à sa création.
L'atmosphère du film, souvent lourde, joue sur les décalages et les non-dits. Laissant le spectateur
joindre les pièces d'une vie craquelée, Lynch se contente de suggérer... Drapé dans un mutisme entendu, il devient maitre créateur d'une oeuvre qui ne cesse de fasciner.
Habile mise en scène pour une oeuvre majeure du maître de l'étrange et de la mélancolie sourde,
Mulholland drive devient une folie palpable par l'utilisation détournée des rêves et des sons.
Sourde et inquiétante, la musique marque sa toute puissance dans un envoutement magnifique des sons en
perpétuel décalage. Art maitrisé, à l'image des scènes du théâtre dans lequel se retrouvent Betty et Rita, le son devient objet de contrôle et canalyseur des sens.
Naomie Watts nous offrant ici l'un de ses plus beaux rôles à l'écran, devient cette belle
rêveuse, désireuse d'une vie qu'elle espère alors que Laura Elena Harring, terrible femme fatale à la beauté révoltante, suscite la recherche
de soi et de la réussite.
L'homme ici incarné par l'incroyable Justin Theroux, s'apparente quant à lui à la trahison et ne
peut faire le lien entre les héroïnes. Canalyseur des pulsions de mort, il incarne la force, la vileté et l'agressivité (scène durant laquelle il casse le pare-brise de l'automobile
stationnée devant les studios).
Rêve souhaité, vécu autant que rêvé, Lynch nous offre ici son oeuvre la plus aboutie, la plus pure et la plus profonde.
Au travers d'un esthétisme soigné par une lumière radieuse devenue sombre, il nous offre son oeuvre la
plus magistrale et les clés, à l'image de cette petite clé bleue qui ouvre la voie de l'esprit, de son monde... Un monde de sens inconscients, objet de désirs inavoués qui s'achève comme une
histoire d'amour déchue... par un magistral "silencio".
Silence définitif, faisant de Lynch le créateur tout puissant d'une oeuvre inégalée.
Magistrale.
BANDE ANNONCE : (Attention bande annonce très longue qui dévoile beaucoup d'images du film)
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tinalakiller 28/04/2011
tinalakiller 02/05/2011
Lili 18/05/2011
Lili 26/05/2011
Lili 29/05/2011