Littérature

Mardi 3 novembre 2009
Editions Points - Environ 360 pages

Conrad Lang, la soixantaine passée, est soudain confronté aux images de sa jeunesse. Compagnon d'un fils de milliardaire dont il partage l'existence, enfant abandonné, perdu entre mensonge et révélations... Il tente de camoufler ses pertes de mémoire de plus en plus fréquentes et remonte progressivement, le fil de ses pensées jusqu'au coeur de son destin...
Un destin tragique que d'autres aimeraient voir perdu à jamais dans les méandres de l'oubli... Car de flash-back en flash-back, c'est tout un monde qui s'ouvre à Conrad et la découvert de secrets que sa famille a longtemps voulu dissimuler...
Véritable peinture de la grande bourgeoisie suisse et du petit peuple, ce récit porte sur la mémoire et sur le sens de la vie...


Un roman fort, dont je viens à peine de refermer les pages et qui hante encore ma mémoire par son écriture simple et poignante... Mélange de roman policier et d'études sociologiques, on y apprends beaucoup. Comment vivre avec la maladie de l'oubli ?  Comment aimer et se reconstruire ? Peut-on vivre sans passé ?
Un récit bouleversant de justesse, peuplé d'êtres complexes et de mystères multiples...
L'élégance du trait allié à la finesse de l'analyse... Un roman que je vous recommande avec grand plaisir ^^


" - Je suis tombée sur le papier qui te permet de retrouver notre appartement et de te souvenir de mon nom.
- Où ? avait-il demandé.
- Dans le réfrigérateur.
Il rit. Mais comme cela, la glace était rompue. Il lui raconta tout. Tout ce dont il pouvait se souvenir. [...]
Rosemarie rit aussi. " - Peut-être devrais-tu consulter un médecin.
- Tu crois que c'est si sérieux que ça ?
- Rien que par précaution.
Ils continuèrent leur chemin dans la chaude odeur des chevaux. Lorsque ce cliquetis se fut évanoui, Conrad dit "C'était bien que je puisse parler pour une fois aussi ouvertement avec quelqu'un. Avec Rosemarie c'est impossible."
Rosemarie s'arrêta. "Mais je suis Rosemarie."
Pendant une fraction de seconde elle pensa qu'il allait perdre contenance. Puis il s'exclaffa : "Je t'ai eue !"
Par Yuko
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Jeudi 18 juin 2009
  Editions Albin Michel - 140 pages

   C'est dans le hall d'un aéroport que tout a commencé. Il était la victime parfaite, le coupable désigné davance. Il lui a suffit de lui parler et d'attendre que le piège se referme.

Etrange expérience que celle vécue par Jérôme Angust.
Alors que son avion est annoncé avec 2 heures de retard, un parfait inconnu vient s'asseoir à ses côtés dans la salle d'attente et se met à lui parler... De sa vie, de ses envies, de la mort... Mais tout se complique quand l'inconnu lui annonce qu'il a lui-même déjà tué... de ses propres mains... sans avoir jamais été inquiété...


Un livre étonnant, comme sait en faire Amélie Nothomb qui nous invite à un jeu du chat et de la souris inquiétant et cruel...
Elle qui manie avec élégance les traits de la cruauté, nous fait part ici d'une expérience riche en sentiments au travers d'un dialogue harcelant et d'une écriture précise comme la pointe d'un couteau...
Un voyage intéressant entre fascination et domination...

"Sans le vouloir, j'avais commis le crime parfait : personne ne m'avait vu venir, à part la victime. La preuve, c'est que je suis toujours en liberté." 


Par Yuko
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Jeudi 7 mai 2009
  Editions folio - 300 pages

Dans une charmante ville d'eau, huit personnes en quête de bonheur s'étreignent puis s'éloignent, se cherchent et se dissolvent dans les méandres sirupeux de la vie...
Une jolie infirmière, enceinte, se persuade d'avoir trouvé l'amour auprès d'un célèbre musicien de jazz pourtant lâche et frivole.
Eternel exilé, victime des purges, un ancien militant désabusé s'aprête à quitter le pays, faisant ainsi une croix sur son passé et sur sa jeune fille adoptive.
Un gynécologue invente un eugénisme d'un genre nouveau, une femme belle cache ses envies suicidaires... Tous se succèdent et se frolent dans une danse endiablée, une valse... aux adieux...


La valse aux adieux est le troisième roman d'une trilogie célèbre de Milan Kundera. Initiée par La plaisanterie puis par La vie est ailleurs, l'oeuvre nous expose tout en légèreté, les aspects les plus sombres de l'être humain, dans une valse à la frontière du réel et du fantastique...
De la lacheté à l'avillissement, ses personnages, persécutés par leurs vies, recherchent la paix de l'âme et le bonheur simple...
Oscillant entre constance et dérision, ce roman mène inéxorablement son lecteur vers une frappante lucidité, celle d'êtres en mal d'avenir, de raison et de tendresse... Une oeuvre, magistrale, qui se veut l'éternelle valse des hasards, des quiproquos et des maux modernes...

Extrait : "En entrant il vit Bertlef qui venait à sa rencontre en pyjama. Il s'excusa avec gêne de sa visite inopinée, mais Bertlef l'interrompit : "Mon ami ! Ne vous excusez pas ! Vous venez de me faire le plus grand plaisir qu'on m'ait jamais fait ici en ces heures matinales."
Il serra la main de Klima et poursuivit : " Dans ce pays, les gens ne respectent pas la matin. Ils se font réveiller brutalement par un réveil qui rompt leur sommeil d'un coup de hache et ils s'abandonnent aussitôt à une hâte funeste.
Pouvez-vous me dire ce que peut être ensuite une journée qui a débuté par cet acte de violence ? Que peut-il advenir de gens à qui leur réveil administre quotidiennement un petit choc électrique ?"

Par Yuko
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Mercredi 18 février 2009
Editions folio - 78 pages

Parce qu'amour rime parfois avec passion, l'attente devient alors solitude et raison d'être. C'est ce qui caractérise ce recueil de pensées féminine. L'attente de l'être aimé, la description d'une passion qui pourrait être celle de toute femme, mais qui demeure ici invariablement trouble et vaine...


"Si l'autobiographie est considérée comme le parent pauvre de la littérature Annie Ernaux entend bien lui donner ses lettres de noblesse"... Ainsi pourrait être résumée cette oeuvre simple et poétique tout en finesse et en soupirs...
Parce qu'il s'agit bien d'évoquer la solitude et la souffrance dans ces courtes pages, comme une tranche de vie arrachée à son quotidien. Le lecteur devient témoin et partie intégrante de cette douloureuse attente et se surprend à compatir de solitude...
Un pur moment de simplicité.


" A partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi."



Par Yuko
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Mercredi 4 février 2009
Editions folio classique - 362 pages

Tôt le matin, tard le soir, Clarissa Dalloway se surprend à écouter le clocher de Big Ben.
Entre les deux carillons, une journée de printemps, une promenade dans la ville, le flux des états d'âme et le long monologue d'une conscience. Clarissa tente " de sauver cette partie de la vie, la seule précieuse, ce centre, ce ravissement, que les hommes laissent échapper, cette joie prodigieuse qui pourrait être nôtre".
Et pourtant résonne déjà dans ce livre, le plus transparent peut-être de l'œuvre de Virginia Woolf, comme la fêlure de l'angoisse ou le vertige du suicide.



Tout le talent de Virginia Woolf s'exprime dans cette oeuvre. Largement inspiré des pensées et sentiments de l'auteur, ce roman nous invite à découvrir un nouveau visage de Londres... Celui de l'après-guerre.
Partant du personnage de Mrs Dalloway, l'oeuvre s'élève rapidement et cherche à atteindre l'infini...A travers les sentiments, les consciences et les regrets, c'est une exploration en profondeur de l'âme humaine qui s'offre à nous, un voyage tissé dans les désordres apparents du soi en intéraction avec le monde...
Mais la toile de fond, sourde et menaçante se déploie en arrière plan, tout comme la souffrance découvre ses dentelles noires... Une oeuvre délicate et intemporelle...


EXTRAIT : "Sally et elle se retrouvèrent un peu en arrière. Et alors eut lieu le moment le plus exquis de sa vie, alors qu'elles passaient devant une vasque de pierre remplie de fleurs, Sally s'arrêta ; elle cueillit une fleur ; elle l'embrassa sur les lèvres.
C'était comme si le monde entier avait basculé la tête en bas ! Les autres disparurent.
Elle était là, seule avec Sally."
Par Yuko
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Mercredi 3 décembre 2008

Editions Rivages poche / Bibliothèque  étrangère - 234 pages

Adam Appleby a tout d'un thésard normal... La crainte de ne pas trouver de travail après sa thèse, le volonté de passer à autre chose, les interrogations liées à son état financier, la volonté de faire de ses recherches ardues une oeuvre majeure de la littérature et bien sûr l'état d'esprit sans cesse préoccupé par des considérations théoriques...
Oui mais voilà... Adam Appleby est marié et... père de trois enfants déjà.
Alors quand sa femme, Barbara, lui apprend qu'elle pense être enceinte d'un quatrième enfant... c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase....
Torturé par un dilemme religieux qui lui interdit tout recours à une quelconque contraception, Adam Appleby oscille entre désillusion et désespoir, désir humain et interdiction obsédante...
Un roman qui allie avec brio cocasserie, parodie et pastiche...


La chute du British Museum est le troisième roman de David Lodge qui ne cesse ici de nous étonner par le style employé et le rythme frénétique... Soucieux de faire de son personnage, un héro des temps modernes, il pose en toile de fond, sans jamais émettre de critique, le difficile problème du "contrôle des naissances" par l'Eglise et son implication pratique pour un jeune couple dans les années 70...
Un récit drôle et rocambolesque... A consommer sans restrictions...

EXTRAIT : "Camel et Pond échangèrent un regard qui en disait long.
" Je te l'ai dit, dit Camel. Ca ne tourne plus rond chez Appleby.
- Je vois, dit Pond. Il va devenir l'un de ces excentriques du Museum. Plus tôt qu'on ne croit, il circulera en chaussons, traînant les pieds et marmonnat dans une barbe.
- C'est une forme spéciale de névrose du chercheur, dit Camel. Il n'est plus capable de faire la distinction entre la vie et la littérature.
- Oh si, je peux, dit Adam. Dans la littérature, on fait surtout l'amour et on fait peu d'enfants. Dans la vie, c'est l'inverse."

Par Yuko
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Dimanche 2 novembre 2008

Editions Syros - 86 pages

Tous issus des mythes de la civilisation chinoise, les récits réunis par Guillaume Olive dans "Contes de Chine" nous racontent la création du monde, son évolution et les différentes interventions des divinités dans le façonnement de la Terre, de l'Homme, du soleil et de la lune...
Une initiation toute en douceur et en poésie...


Voici une belle approche des mythes chinois que ce court roman de Guillaume Olive. raconté avec beaucoup de poésie, il nous permet de faire connaissance avec la Déesse Nüwa, le souverain Lin ou bien encore Yi le chasseur de soleil, sauveur de l'Humanité...
Si les mythes chinois riches en couleur et en images sont emplis de rêve, Guillaume Olive les revêt de poésie et de douceur...
Une très belle approche, également accessible aux plus jeunes, pour nous occidentaux, qui connaissons trop peu ces magnifiques mythes et légendes...

"Nüwa se mit aussitôt au travail ; elle prit une poignée de terre jaune, y ajouta un peu d'eau et modela un visage d'homme sur lequel apparurent petit à petit des yeux, un nez, une bouche et des oreilles.
Nüwa était très contente ; elle s'appliqua à façonner un corps et ajouta le buste, les bras et les mains. Elle voulu ensuite donner un corps de serpent à la créature, mais changea d'avis et décida finalement de lui donner deux jambes et deux pieds. Lorsque la statue fut terminée, Nüwa souffla délicatement dessus, et alors elle prit vie. L'humain crée par Nüwa se mit à danser, à chanter, à rire, et appela la déesse "maman"."


Par Yuko
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Mardi 28 octobre 2008
    Editions "Au Manuscrit" - 90 pages

    "Il m'a fallu attendre dix ans ce livre. Les premiers poèmes datent d'un recueil, "Voici l'hiver", achevé en 1964 et abandonné. Ici, ils indiquent la direction et le pressentiment d'une saison de l'être que j'appelle hiver". 
- Jacques Vallet - 1975 -

     Il n'existe pas de sentiments plus difficiles à exprimer que ceux que l'on ressent en lisant de la poésie. Ce genre littéraire, qui colore les mots de ressenti, ne peut qu'être vécu...
Comment donc vêtir de mots les sentiments qui m'ont animés en découvrant les écrits de Jacques Vallet ?
Une succession d'accroches verbales, tantôt délicates tantôt rudes mêlées à une précision du langage magnifique qui fait vibrer en soi les cordes de l'harmonie...
Un moment intime, subtile et passionné...



Extrait : " La pluie

O pluie ma promeneuse
ma pauvre aux mains mouillées
venue des bords de la Meuse
dans ta robe brouillée

écarte un peu d'espoir
ta chevelure grise
pour y poser un soir
où l'amour s'éternise

nous irions jusqu'aux nues
Elle et moi sans rien dire
m'arrêtant dans tes rues
pour embrasser ton rire."
Par Yuko
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Vendredi 17 octobre 2008
 
Edition Folio - 132 pages (format poche)


Nicolaï Stépanovitch est un professeur d'Université renommé. Mais les méandres de sa vie lui inspirent les plus tortueuses pensées.
Seule une femme, la jeune Katia, orpheline qu'il a élevé lui insuffle vie... Mais quels liens étranges lient le vieil homme et sa jeune protégée ?
Est-ce cette vision silencieuse des ténèbres qui nous entourent ou simplement un amour impossible ou cruauté cotoie désillusions ?


Anton Tchekhov frappe ici de sa plume, avec justesse et force, la vision épurée de deux personnages en manque d'amour et de reconnaissance. Dans un paysage désolé et ténébreux, le dramaturge dresse deux portraits fabuleux , sombres et vrais, dans un contexte où bonheur et amour semblent impossible...
Une merveille de la littérature...


"Le premier souvenir que j'ai et aime à évoquer, c'est l'extraordinaire confiance avec laquelle elle est entrée dans ma maison, s'est laissée soigner par les médecins, et qui a toujours illuminé son petit visage (...)
Je me rappelle aussi qu'elle aimait mettre de belles robes et se parfumer. A cet égard elle me ressemblait. Moi aussi j'aime la toilette et les parfums. "

Par Yuko
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Vendredi 19 septembre 2008
LA VOIX DU SABRE

Editions Folio SF - 294 pages (format poche) - Science fiction

Parce qu'il souhaite parfaire l'éducation de son fils Mikédi, le chef de guerre Nakamura Ito le confie à un samouraï de légende, Miyamoto Musashi. 
Ils parcoureront ensemble la longue route menant à la capitale Edo. Indispensable à la formation du jeune apprenti, cette route le mènera jusqu'à l'Impératrice-Dragon qui attend Mikédi pour en faire son époux.
Une histoire qui entraîne le lecteur dans un Japon imaginaire, où se cotoient dragons, cités flottantes et magie. Un Japon fantasy où règne la jouissance, la souffrance et les ombres de la trahison...


 

L'HOMME QUI VOULAIT TUER L'EMPEREUR, La Voix du sabre volume 2

Editions Folio SF - 283 pages (format poche) - Science fiction

En refusant de faire don à l'Empereur de sa concubine, Shirôzaemon Reiko, dont il est passionnément amoureux, le seigneur Ichimonji Daigoro a signé l'arrêt de mort de son clan.
Unique survivant de la bataille qui opposa l'Empereur à son peuple et pris la vie de sa jeune concubine, Ichimonji Daigoro, ne doit sa vie qu'à l'intervention d'un démon : Le Feu.
Celui-ci, lui propose alors un marché. L'aider à réaliser son voeu le plus cher : Tuer l'Empereur.
Mais on ne arpente pas la Voie de la Vengeance impunément. Daigoro va très vite le découvrir...


Les deux livres ont en commun d'entrainer le lecteur dans un voyage initiatique. Le premier tome nous montre en effet la voie de la Sagesse alors que le second nous entraine sur la Voie de la Vengeance.
Indépendants parce qu'ils ne mettent pas en lumière les mêmes personnages, les deux livres se complètent cependant.
L'atmosphère fantasy du récit est intéressante. Elle entraine le lecteur dans un univers imaginaire tout en lui permettant de découvrir les émotions contenues des personnages. La recherche de la Sagesse et de la Vengeance semblent alors trouver un certain écho dans cette atmosphère irrationnelle. Les démons révèlent leurs doubles visages. Prenant corps chez les autres, ils se nichent également dans nos coeurs et distillent le poison de la vengeance...
Un récit cru parfois inutilement, moulé dans une écriture souvent simpliste, il nous dévoile cependant des personnages nuancés, torturés en proie à la prise de décision.
Un roman intéressant. (Avec pour ma part, une préférence pour le second tome).


"- Tu es un Démon !
- En es-tu si sûr ?
- Qu'attends-tu de moi Démon ?
- Ce n'est pas la question qu'il te faut me poser. Cherche et tu trouveras la question adéquate (...)
- Une question pour toi ? Oui ... Vas-tu... Démon, oui ou non, m'aider à tuer l'Empereur ?
- Tant que je brûlerai, je t'y aiderai !"




Par Yuko
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