Isabelle Bruges de Christian Bobin

Editions Gallimard - 188 pages
Littérature française
Isabelle, Anne et leur petit frère, Adrien, partent avec leurs parents pour Bruges... Départ pour l'inconnu, la petite ville devient rapidement une destination de rêve... Jusqu'à ce que s'immisce le cauchemar, l'abandon par les parents de leurs enfants, la maladie de la mère, la pluie sur le coeur...
Isabelle ne peut plus ignorer cette voix grave et terrible qu'elle entend en elle... Celle de Bruges, la voix cruelle et réaliste qui lui souffle la réalité de sa vie. A présent, elle s'appelle Isabelle Bruges. Douce et rationnelle Isabelle Bruges...
MON AVIS :
Isabelle Bruges fait partie de ces livres qu'on ne referme jamais tout à fait... Il s'immisce en nous comme un souffle de vie, nous laisse songeur, révolté, rêveur... Les mots délicatement déposés sur nos coeurs nous enveloppent d'une douceur feutrée... Magnifique Isabelle, femme avant d'être petite fille, miraculée de la vie, sauvée par une charmante sorcière, une grand-mère et son lion, un attachant Saint-Bernard.
Un miracle parmi l'impossible, un espoir de vie qui devient une vie toute entière...
Une oeuvre poétique fascinante pour un auteur qui n'a de cesse de m'étonner par la sincérité de son écriture et sa puissance narrative. Venez à la rencontre d'Isabelle, ses secrets cachés au creux d'un cerisier, son existence sauvée des ravages par les mots... ses attentes d'amoureuse. Une rencontre comme on en fait peu, tissée de mots et de sentiments uniques pour un tableau magnifique !
Participation au challenge Christian Bobin (ajout le 27 juin 2013)
Elle revient vers le lit, enfile ses vêtements. Ils sont encore humides. Arrive la voix intérieure, celle qui n'existait pas encore hier, celle qui commente, la voix de Bruges dans Isabelle, la voix de couvent vide et froid : tu as dormi sous les pierres. Maintenant tu t'habilles avec des larmes.
Isabelle est en miettes dans son sommeil. Elle est éparpillée en dizaine d'Isabelle qui marchent dans le noir, le long des rues de Bruges, ce qui fait qu'au réveil elle n'ouvre pas tout de suite les yeux : elle essaie d'abord de réunir ces filles qui lui ressemblent. Voyons. Il y a celle qui amène Anne au cinéma, et celle qui assiste à la baignade d'Adrien. Celle qui chante au fond du bus, le premier jour de l'école. (...) Il y a encore celle qui tremble de frayeur devant son premier dessin animé (...) Et celle qui gagne un lapin nain à la fête, qu'elle emporte, triomphante, à la mère alitée depuis trois jours. Celle-là, c'est l'Isabelle préférée d'Isabelle, celle qui fait venir un sourire aux lèvres de la mère, un vrai sourire, un sourire sans douleur par dessous, une joie simple devant le lapin affolé, sous les draps, la lumière éternelle d'une mère enfin comme toutes les autres. Et d'autres Isabelle, de tous âges, de toutes robes. Il en manque une pour bien ouvrir les yeux.
Le bruit de la pluie au dehors la ramène : il manquait celle qui court sur l'autoroute, les yeux humides et l'âme sèche, désespérément sèche.
