La présence pure de Christian Bobin

Editions Le temps qu'il fait - 66 pages
Littérature française
Un homme. Une maladie. Un lien entre un père et son fils. Christian Bobin raconte l'absence, la mort, la vie, l'attente... Son père, atteint de la maladie d'alzheimer, ne le reconnait plus tout à fait mais il reconnait la beauté du monde, des arbres et de la vie.
Une plongée dans l'espérance et la beauté du jour, un voyage inattendu vers la présence pure qu'incarne cet arbre visible depuis la chambre du malade...
MON AVIS :
C'est à travers une écriture toujours dépouillée d'artifices mais d'une grande justesse que Christian Bobin nous invite au voyage intérieur. Un pas vers la maladie mais surtout vers la vie qui s'épanouit derrière l'être atteint. Une présence apaisante, incarnée avec force par l'arbre de vie, symbole tendre et pur de l'immortalité. Un texte bouleversant aux mots résonnants qui nous entraîne et nous porte au-delà de la vie humaine, vers un monde de douceur et d'humanité...
Voici ma première participation au "CHALLENGE CHRISTIAN BOBIN".
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Avant d'entrer dans la maison où il est aujourd'hui, mon père a séjourné pendant quelques semaines chez les morts, à l'Hôpital psychiatrique de Sevrey, près de Châlon sur Saône, dans le pavillon "Edelweiss". Les morts n'étaient pas les malades mais les infirmiers qui les abandonnaient pour la journée entière sans aucun soin de parole. Les morts étaient ces gens de bonne santé et de vive jeunesse, répondant à mes questions en invoquant le manque de temps et de personnel, et qui, agacés, finissaient par conclure "de toute façon, vous ne pouvez pas comprendre. Vous êtes dehors et il faut être dedans, du métier, pour avoir la bonne intelligence, l'intelligence légitime." Les morts étaient ces gens murés dans leur surdité professionnelle. Personne ne leur avait appris que soigner c'est aussi dévisager, parler - reconnaître par le regard et la parole la souveraineté intacte de ceux qui ont tout perdu. Si égaré fût-il alors, mon père, montrant du doigt l'unique arbre présent dans la cour intérieure du pavillon - une torsade de bois et de douleur - leur avait par avance répondu : "il suffit de voir cet arbre pour comprendre que rien ne peut vivre ici
"Il connaissait intimement chacune de ses feuilles. A chacune il donnait un nom. Le vent les a jeté sur la terre froide. La neige les a étouffées. Il pense toujours à elles. Il écoute en lui la vibration de leur nom."
"Dans l'ascenseur, je lui pose une question qu'il ne comprend pas. Il fronce les sourcils, cherche une réponse, ne trouve pas, trouve :"Il y a une tombe en moi". Puis il se tait. Il a oublié ce qu'il vient de dire. Il regarde la porte de l'ascenseur, les chiffres qui s'allument au-dessus des boutons."
